| 27 mars 2011 Mon Shodan Aïki-Jujutsu |
Cependant, la réalité du tatami était tout autre et l'Aïkido messin ne correspondait pas à mes besoins : trop superficiel et trop éloigné de la réalité. Je n'y trouvais pas mon compte. Avec beaucoup de sueur, j'avais appris des techniques et de très belles chorégraphies d'origine martiale mais elles étaient artificielles, mon partenaire était artificiel, le cadre était artificiel, tout était artificiel. L'Aïkido était convivial, on s'amusait bien mais il y avait ce-je-ne-sais-quoi de martial qui manquait à la pratique. De l'Aïkido, j'en ai gardé un bon souvenir - cerise sur le gâteau c'est en pratiquant que j'y ai rencontré ma femme - mais d'un point de vue martial, ce fut pour moi une déception. A contre-cœur, j'ai raccroché mon kimono au placard pour l'oublier.
Un hasard me fit parler de mon passé avec Jean-Manuel, un ancien professeur que j'avais eu en prépa. Après m'avoir écouté, il me certifia que son club était tout à fait ce dont j'avais besoin car il y pratiquait l'Aïki-jujutsu. Encore un nom surprenant : mais que n'allait-il pas inventer pour que je vienne voir !!! Ce nom était pourtant lié à une véritable histoire, celle des Takeda qu'avait redécouvert Maître Maroteaux, un Français toujours vivant et un expert reconnu dans cet art. Et moi qui croyais qu'un grand maître était par définition quelqu'un de mort et enterré...
« L' Aïki-jujutsu, m'a-t-il dit, c'est comme de l'Aïkido avec des atemis (et des coups en tout genre... je me voyais déjà blessé trois fois ...) et des partenaires bâtis comme des armoires à glace qui n'ont pas pour coutume de tomber comme des mouches lorsque tu les touches, (il m'avait prévenu : si je venais, je serais assurément le plus frêle et le plus léger) le tout dirigé par la poigne de fer de René Pachurka ». Ce nom me disait quelque chose... ah oui à ma mémoire revenaient des légendes urbaines à son propos : le cinglé du centre-ville... hum... ça craint !!!
Partagé entre mes appréhensions sur ce club pas très « conforme » et mon respect naturel vis-à-vis de mon ancien professeur lui-même atteint par ce « mal », j'ai ressorti mon kimono du placard et je suis allé me faire ma propre opinion.
En accédant au gymnase je découvre des pratiquants qui parlent entre eux et qui se comportent comme des gens civilisés, le tout dans une ambiance chaleureuse. C'est bon signe ! Je recherche un pratiquant ayant ma stature mais en vain! Arf ça commence bien! Il y a des pratiquantes ? Oui et en plus elles sont jolies !! Hourra ! J'enfile mon kimono et j'attends. On me salue poliment. Au signal, nous entrons tous dans le Dojo ; d'un comme un commun accord, il n'y a plus de bruit: juste le frou-frou des hakamas. René arrive, cet homme sec et droit au regard déterminé. A le voir j'ai tout de suite compris qu'il n'était pas là pour rigoler. Il irradiait la martialité que je recherchais! Parfait ! Ce club était fait pour moi.
René Pachurka a des principes simples « Ici c'est une école, pas un club, on vient tout le temps ou jamais ». Sa ligne de conduite est très claire et il n'y déroge jamais. Il n'y a pas de chouchous et aucun arrangement sur le tatami. Il le dit souvent : « Il y a les gens capables et les autres. C'est la vie, certains sont avantagés, d'autres pas. Si vous n'êtes pas capables, alors travaillez travaillez travaillez ! » Avec René, rien n'est acquis, rien n'est joué d'avance. En un trimestre on peut tout savoir sur ses principes mais les comprendre et les appliquer avec toutes leurs subtilités requiert un temps considérablement long, des années de pratique ! En prenant du recul, je suis sidéré de voir comment avec quelques règles simples, il m'a fait prendre conscience de nombreux détails dans ma vie quotidienne que j'étais incapable de voir auparavant.
Il y a des sensations que l'on ne peut expliquer surtout par des mots. Je voulais naïvement apprendre à me battre, j'ai découvert en plus une toute autre façon de vivre, je suis plus déterminé, plus en confiance et plus efficace. Mes priorités ont totalement changé et je perçois le monde autrement. J'ai pris conscience de mes qualités et de mes défauts.
Quand René m'a parlé de son intention d'écrire un livre, je lui ai tout de suite proposé mon soutien. J'ai troqué mon kimono pour mon ordinateur et j'ai mis en page cet ouvrage. Je voulais lui rendre un peu du temps qu'il m'a consacré, pour tous ses conseils, ses remarques judicieuses et pertinentes. Quelle meilleure opportunité que ce livre ? Je l'ai fait du mieux que j'ai pu car j'ai appris au cours d'un stage avec le Maître à ne jamais me satisfaire de mon travail. Une subtile différence avec celui que j'étais auparavant.
Tout en apportant ma petite contribution à l'Aiki-Club, je travaille travaille travaille...
Olivier Nivoix
Shodan Aïki-Jujutsu
Travaille également le Iaïdo
Olivier Nivoix
Shodan Aïki-Jujutsu
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